Interview : Massimo Manganaro, réalisateur

 photo de Massimo Manganaro

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Massimo Manganaro est un célèbre réalisateur d’émissions télévisées. D’origine italienne, il commence à travailler en France en 1983 chez Canal Plus et enchaîne depuis une impressionnante carrière accompagnant les plus grands animateurs de télévision comme Christophe Dechavanne ou Jean-Luc Delarue. On peut citer à son actif, par exemple, Coucou c’est nous, Toute une histoire, C’est mon choix, le Téléthon… Actuellement réalisateur du jeu Money Drop diffusé sur TF1,  Massimo va nous parler du métier de réalisateur de jeux télévisés.

Pouvez-vous nous raconter vos débuts de réalisateur ?

Je suis issu du cinéma, j’ai découvert la télévision en 1983 que j’ai trouvé à l'époque très moderne. Je voulais juste faire un petit pas dedans pour connaître, finalement j’y suis resté toute ma vie.
J’ai commencé sur des émissions matinales de Canal Plus où je m’occupais de la réalisation, puis on m’a confié des émissions de plus en plus importantes. Parmi les plus connues, il y avait Les nuls, l’émission. J’étais un peu une sorte de joker qu’on plaçait sur des émissions et cela de 1984 à 1992.
C’est à Canal Plus que j’ai rencontré Christophe Dechavanne et plus tard Jean-Luc Delarue à TV6 : deux animateurs avec lesquels j’ai longtemps collaboré et avec qui je me suis lié d’amitié et j’ai passé des années en tant que freelance à leurs côtés.
Après je suis passé à TF1, j’ai réalisé Coucou, c’est nous, puis sur France 2,  Ça se discute, deux émissions qui ont forgé ma façon de faire. C’était une façon de filmer qui se faisait en fonction de l’exigence du moment. Je me suis retrouvé dans des situations qui était totalement improvisées et je me suis spécialisé dans cette façon de travailler : être réactif et souple.

Quel est le rôle d’un réalisateur en amont d’une émission ?

 Le producteur de l’émission exprime un souhait, dessine dans les grandes lignes l’émission et la mécanique du jeu. Le réalisateur suggère l’univers de l’émission et  l’idée générale du décor. Le réalisateur fait aussi des suggestions de mise en scène en respectant les contraintes techniques. Par exemple sur Money Drop, avec l’équipe de François Guillard, on a imaginé un lieu rempli de richesse comme un coffre fort... L’ordre des séquences est souvent défini par le producteur mais le réalisateur apporte ses conseils.  
Pour finir je dirais que, souvent,  le producteur prépare le contenu et le réalisateur le contenant. Mais rien n’empêche les échanges entre les deux.                                                                                         

Quel est le rôle d’un réalisateur lors du tournage d’une émission ?

 À mon sens, il doit prendre « soin » de l’animateur, le motiver et l’amuser. Je pense à Laurence*, on tourne beaucoup et je dois en tant que réalisateur la soutenir. Le réalisateur doit aussi participer à la mise en place avant chaque tournage, vérifier que toutes les caméras sont aux bons endroits. On remotive aussi les opérateurs sur l’importance de chaque plan.
En régie, c’est choisir les caméras et faire les commutations. Dans le cas de Money Drop, chaque plan est charté, les valeurs de cadres sont définies à l’avance, le public a l’habitude d'entendre un son ou de voir un plan à un moment précis du jeu. Ce n’est pas forcément le cas partout. Dans le cadre d’un jeu télévisé, la rigueur s’impose.

Est-ce qu’il y a un parcours idéal pour devenir réalisateur télé ?

Dans un premier temps, je dirai qu’être réalisateur c’est surtout avoir un point de vue sur quelque chose et de l’exprimer, dans ce cadre là, avec des caméras sur un plateau de télévision. Je ne pense pas qu’il faille avoir de connaissances très techniques, il y a des techniciens qui sont formidables et qui peuvent vous aider à faire toutes sortes de programmes. Pour le direct, il faut avoir du sang froid et ne pas connaître le stress. Le stress utile oui, mais pas celui qui coupe les jambes et les mains car en France nous commutons les caméras sur le mélangeur qui est une spécificité française. À l’étranger, c’est un truquiste qui commute les caméras pour vous.
Concrètement, c’est avoir un point de vue et des idées. Il faut aussi être très souple, car les exigences de production et de distribution, font qu’il faut s’adapter en permanence dans cette forme de télévision qui est certainement très industrielle et qui ne pardonne pas.

Est- ce qu’on peut dire que réaliser un jeu télévisé est différent que de réaliser une émission de variété ?

L’objectif principal d’un réalisateur c’est de bien mener ses équipes et être un vrai moteur pour l’énergie de chacun. Vous êtes l’animateur interne de l’émission. Grosso modo, une équipe est en forme si celui qui les dirige est en forme. Pour revenir à la question précédente, je dirais qu’une des qualités d’un réalisateur télévisé c’est d’être d’humeur égale et riche en énergie pour pouvoir en donner aux autres. 
La technique est différente. Sur un jeu, être réalisateur c’est entrer « dans un cancan », mais le bon côté du cancan : on lance le dé et on fait avancer son pion. On reste dans des valeurs de découpage qui restent les mêmes et où tout est déjà prédéfini. Sur une émission de variété, il faut plus être dans la recherche, trouver le nouveau plan, une nouvelle valeur, sans pour autant perturber le téléspectateur qui doit retrouver quelque chose de raccord.

Pour vous, qu’est-ce qui est le plus enrichissant à réaliser : un jeu télévisé ou une émission de variété ?

 D’emblée, au niveau du tournage, je dirais une émission de variété. Mais me concernant je m’amuse sur tout et je trouve plein de raisons de passer une excellente journée avec tout le monde. Donc pour moi, il n’y a pas de différence, c’est un plaisir de participer à une œuvre de création et le jeu en est une. Mon activité baigne tellement dans la gestion des humeurs et la transmission de bonne volonté que je ne fais pas la différence. C’est une journée de travail, très agréable, même si parfois il y a en a des plus dures que d’autres. 

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier de réalisateur de jeux ?

 Ce qui me plaît, c’est d’imaginer un univers et de constater que c’est devenu une réalité. L’univers de Money Drop est né d’une conversation avec François Guillard, le producteur du jeu et la direction de TF1. Il fallait trouver l’univers dans lequel devait se dérouler le jeu. Dans une banque par exemple ? Ce fut un travail collectif et de voir que tout ce qu’on a imaginé ressemble à ce qui a été fait, c’est ce qui me plaît le plus. Et cela en partie grâce aux décors faits par Michel Henando.

Quel est votre meilleur souvenir de jeux télévisés ?

 Je ne sais plus, surtout avec le temps qui passe ! Je dirais les rencontres, l’amitié, les animateurs qui sont devenus des compagnons de routes… Une route qu’on fait ensemble depuis une trentaine d’années maintenant.

*Laurence Boccolini, animatrice de Money Drop